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MMSH-PH-4383 Un enseignant arabisant, parle en 1975 de son enseignement d’Histoire du Liban à l'École Supérieure des Lettres de Beyrouth(Liban)

Date : 1975-01
Description physique : 1 bde. Durée : 1 h 55 min.
Description : L'informateur est né le 14 août 1947 en Tunisie. Sa mère est née en Tunisie, son père en Algérie. En 1961, il arrive en France à Lyon où sa famille s'installe. Il commence par décrire son parcours universitaire (les sciences politiques et parallèlement, une maîtrise d’Histoire, le 3ème cycle de l’École pratique des hautes études, une Licence d’arabe aux Langues O). Entre 1972 et 1974, il fait des allers-retours entre Paris, Beyrouth et Damas pour parfaire son arabe. Le jeune enseignant effectue au moment de l’enregistrement, son deuxième séjour au Liban qui est dû en particulier à son intérêt pour la langue arabe. Arrivé à la mi-novembre 1974, il n’est cette fois-ci plus étudiant mais enseignant d’Histoire à l’École Supérieure des Lettres de Beyrouth, employé par la Mission culturelle française avec un contrat d’une année reconductible. Il mentionnera plus loin ses conditions d’enseignements tels que ses revenus et ses horaires. Son installation à Batrakieh dans le quartier de Zoukak el-Blat, qu’il qualifie d’un “îlot d’étrangers au milieu d’un quartier musulman”, a été facilitée par ses connaissances libanaises. Célibataire, il y vit seul. En tant qu’enseignant, il a déjà eu plusieurs expériences : en économie politique, en langue arabe et depuis qu’il est à Beyrouth, en Histoire. Interrogé sur ses loisirs, il considère ne pas en avoir. Il ne retourne pas souvent en France n’y ayant pas d’attaches fortes. En revanche, il a beaucoup voyagé dans la région, profitant de son temps libre pour sillonner le Proche-Orient en moto. Il manifeste une affinité particulière pour Damas. Il préfère les cercles marxistes arabes à ceux des Français dont il ne recherche pas la compagnie. La majorité de l’entretien prend une tournure politique. Il ne professe qu’indifférence pour la politique culturelle française au Liban et ne fréquente que des Français n’étant pas dans un rapport de mépris vis-à-vis des Libanais. Malgré cela, il se retrouve dans une position délicate en regard de son poste de professeur français d’histoire du Liban à l’École Supérieure des Lettres (ESL) de Beyrouth. Sa nationalité française suffit à faire de lui un agent impérialiste aux yeux de ses étudiants, de droite comme de gauche. Il se dit par ailleurs révolté par le caractère payant de l’ESL, indiquant au passage que le coût annuel d’une licence de philosophie à l’université américaine (AUB) se monte à 1600 livres . Il voit dans l’ESL « une vieille institution héritée du mandat », favorisant l’élitisme de la bourgeoisie francophone libanaise. Il milite pour un enseignement supérieur en arabe, estimant que former des étudiants arabophones seraient une manière de « résorber les séquelles » de la colonisation, tandis que le chercheur défend l’enseignement en langue étrangère dans la mesure où il n’existe d’équivalent en langue arabe. Se revendiquant du marxisme, il fréquente des amis marxistes arabes, rencontrés à Damas. En tant que marxistes, tous revendiquent la liberté d’expression, une identité collective dépassant la césure entre l’Orient et l’Occident. Marqué par un sentiment de culpabilité lié à son histoire « pieds-noirs », il est parvenu « par l’intermédiaire du marxisme » à déplacer le débat sur un plan idéologique et de classe. Le débat entre l’enseignant et le chercheur s’intensifie quand est abordé le confessionnalisme. L’homme refuse d’accréditer la présence de « cultures » différentes au Liban (phéniciennes, maronites…), tandis que le chercheur voit dans le multiculturalisme le fondement de l’identité nationale libanaise. Il déplace le débat en termes marxistes : il introduit la « réalité de classe, de clan, de famille et tout », plus importante que la confession à son sens pour comprendre les positions politiques des différents acteurs libanais. D’après lui, depuis 1967, « il y a une coalition de toutes les forces réactionnaires contre la montée d’une idéologie qui n’est peut-être pas très définie et qui correspond à la montée de la résistance palestinienne dans la région ». Il évoque les hommes politiques de Syrie et d'Egypte. Ce « déplacement du conflit » (du confessionnel vers l’idéologique) est encouragé par la « montée de la bourgeoisie sunnite au Liban ». Finalement, l’enseignant appelle de ses vœux une « construction nationale libanaise » encore inexistante. Vers la fin de l’entretien, l’informateur annonce vouloir retourner rapidement à Damas pour terminer son diplôme de 3ème cycle. Il revient sur ses relations amoureuses. Le jeune homme a l’impression de « jouer au prétendant » lorsqu’il va chercher à moto ses amies libanaises à leur domicile. Il regrette la liberté sexuelle et l’indépendance des étudiants parisiens. Refusant de croire à la différence culturelle, il attribue ses difficultés amoureuses à la « répression sociale » et morale de la société libanaise.
Ancienne cote : F3474
Caractéristiques matérielles et contraintes techniques : Qualité sonore de l'enregistrement : moyenne
Version(s) numérique(s) : Disponible en ligne
Auteur : Métral, Jean
Seurat, Michel (1947-1985?)
Sujet : École Supérieure des Lettres de Beyrouth
Tunisie
Damas (Syrie)
Mission Culturelle Française au Liban
École Supérieure des Lettres
American University of Beirut
Pieds-noirs
Élite (sciences sociales) -- Éducation
Enseignants
Relations maître-élève
Relations avec l'étranger
Relations amoureuses interethniques

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