Calames

MMSH-PH-7796 A la fin des années 1970, Eric Rouleau s’entretient avec Abou Iyad (1933-1991), alors numéro deux de l’OLP et réfugié au Liban, qui fait le récit de son exil de Jaffa à Gaza peu après le massacre de Deir Yassin

Date : fin des années 1970
Langue : arabe (dialecte palestinien). Une femme intervient ponctuellement en dialecte libanais pour clarifier auprès d’Eric Rouleau des expressions du dialecte palestinien ou pour parfois traduire en langue française.
Description physique : 1 cassette audio. 1h 4min.
Description :
Abou Iyad partage ses souvenirs et ses réflexions avec Eric Rouleau sur des événements marquants de l'époque de la Nakba en 1948, notamment les massacres de Deir Yassin et Jaffa et leurs conséquences sur la population palestinienne. Abou Iyad évoque tout d'abord son sentiment d'une défaillance arabe et d'une déception envers les pays arabes, en particulier envers l'Égypte. C'est d'ailleurs une époque où certains Arabes ne considéraient pas Jérusalem comme une ville arabe. D’après lui, à la fin du Mandat britannique, la balance ne penchait pas en faveur des palestiens.Abou Iyad décrit le massacre de Deir Yassin comme un événement abominable. D’après lui, cette horreur a été transmise par les médias occidentaux avec une insistance qu’il soupçonne d’être exagérée pour provoquer la panique, une "opération de la terreur" poussant vers un déplacement massif de la population. Selon lui, cela a également permis de diviser les communautés et de déplacer les populations musulmanes loin des régions chrétiennes. C'est ce massacre qui a été la cause de la décision de sa famille d'émigrer : elle a dû être prise en quelques jours en raison de la peur et de la pression. Le 13 mai 1948, jour de leur exil, Abou Iyad se souvient de la tragédie et du chaos qui régnaient, des familles séparées, et des personnes désespérées tentant de monter sur les bateaux pour s’échapper au plus vite. L'image d'une femme inconsolable, montée sur un bateau déjà en route qui avait oublié l'un de ses enfants sur la berge lui est restée marquée. La femme était avec ses deux autres enfants, elle hurlait et a plongé sans savoir nager. Son mari, resté calme jusqu'ici, a voulu la sauver. Il a plongé à son tour ; mais il est mort lui aussi. Il compare la situation “au jour du Jugement” (Yawm al-qiyāmah), même s'il n'est pas sûr que ce jour puisse exister. Une fille et un fils sur le bateau, un fils sur la berge, devenus subitement orphelins. Il n'a jamais su ce qu'ils étaient devenus. Mais l'histoire lui inspiré une pièce de théâtre qu'il a écrite, plus tard, en se remémorant cette scène.
Il aborde ensuite leur vie à Gaza, où sa famille, relativement aisée, a dû faire face à des défis économiques et sociaux. Il décrit comment lui et son frère ont dû travailler pour subvenir aux besoins de leur famille, mais aussi toutes les difficultés qu’ils ont dû affronter. C’est aussi l’occasion de revenir sur la propagande qui a contribué à pousser vers l’exode. A Gaza s’étaient montés des groupes qui s’appelaient les "comités nationaux" qui participaient à cette frayeur qui poussait au départ sans vraiment le savoir ou le vouloir. Par exemple, au moment de manifestations, le porteur de microphone dressait un tableau terrifiant du massacre de Deir Yassin, en criant “ils ont violé l'honneur, sont entrés dans les maisons et ont tué les femmes et les enfants, ont creusé des fosses et y ont enterré les gens vivants”. Il évoque également l’idée qui se propage, à ce moment-là, d’une absence de courte durée, que les Palestiniens reviendront bientôt chez eux. C’est cette croyance qui explique selon lui pourquoi la population palestinienne est partie si vite, en laissant derrière elles maisons et biens. L'espoir chevillé au corps de revenir un jour. La conversation porte ensuite (à partir de 31min 55s) sur la vie d'Abou Iyad, adolescent et jeune adulte. Il travaille pendant un an à réparer des chaises, mais l'argent manque pour subvenir aux besoins de sa famille. Son frère aîné travaille également comme mécanicien. Issus d’une famille aisée, leur mère préférait que leur travail manuel ne soit pas évoqué devant leur père qui s’en attristait. Pour gagner plus d'argent, Abou Iyad se rapproche d’un oncle paternel, propriétaire du café Al-Kamal. Il y travaille après l'école, se sentant humilié après le déclassement social et économique subi. Il doit affronter le regard des autres qui, par conservatisme, n’apprécient pas ce type d’emploi. Pourtant c’est bien grâce à ce travail qu’il a pu continuer ses études et il souligne la nécessité pour les enfants palestiniens d’aller à l’école. Pour lui, l'éducation est essentielle. Un jour, son père a découvert qu’il travaillait au café. L’expérience a été redoutable et très embarrassante pour lui. Son père était en colère contre lui. Mais, face à la détresse de son fils qui va aller jusqu’à une tentative de suicide, il va accepter la situation et contribuer financièrement à ses études. A la fin de ses études secondaires, Abou Iyad part étudier en Égypte soutenu par sa famille.L'enregistrement se termine sur des discussions sur la politique de l'époque et la gratitude d'Abou Iyad envers l’université d’Al-Azhar, où il a séjourné en Égypte (il manque la fin de l'entretien).
Ancienne cote : F4818
Documents en relation : Une recherche dans les catalogues arabes et français, n'a pas permis de trouver trace d'une version éditée de la pièce de théâtre d'Aoub Iyas indiquée dans la notice. Sur le site http://www.w6an.com, le titre de l'oeuvre est signalé : Jours glorieux (Ayyām Majīda) ; il est précisé que la pièce raconte l'histoire du départ d'Abou Iyad et de sa famille de la ville de Jaffa par la mer en 1948. D'après les archives consultées par Najla Nahklé-Cerrutti, la pièce a été montée à Chatila en 1980.
Bibliographie :
Cet entretien a certainement été utilisé pour la rédaction de cet ouvrage : H̱alaf, Ṣalāḥ. Palestinien sans patrie : Abou Iyad, entretiens avec Eric Rouleau. Paris. Fayolle. 1978. 361 p. (Voix arabes).
Auteur : Iyad, Abou (1948-1991)
Sujet : Organisation de libération de la Palestine
Jaffa (Israël)
Gaza (Gaza)
Deir Yassin, Massacre de (1948)
Nakba
Jaffa (Israël)
Égypte
Jérusalem
Agression (droit international)
Exil
Guerre israélo-arabe (1948-1949)
Panique
Théâtre (genre littéraire) -- Technique
Gaza (Gaza)
Jeunes pauvres
Guerre psychologique
Viol comme arme de guerre
Classes sociales
Éducation -- Coût
Réseaux professionnels
Université al-Azhar (Le Caire)
Lieu de production : Liban
Genre(s), forme(s) et fonction(s) : entretien

Rappels sur les conditions d'accès et d'utilisation des documents : Consultation libre, sur rendez-vous à la médiathèque, sauf pour la série correspondant à la période Eric Rouleau Ambassadeur.
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